« Il y a 33 ans, je franchissais le seuil de la Fondation Ellen Poidatz. Cet établissement allait devenir mon nouveau toit pour une durée indéterminée. Mon univers de petite fille choyée par sa famille s'écroulait face à un monde que je considérais comme tout à fait hostile. J'étais pensionnaire dans un lieu où fauteuils roulants, chariots, béquilles, plâtres étaient les compagnons d'une multitude d'enfants auxquels je ne m'identifiais pas. Moi, j'étais dans la catégorie des "marchantes", je n'en saisissais pas totalement le sens profond. Marcher, quoi de plus naturel ?
Mais curieusement il y avait une chaleur, des mains tendues qui vous attirent et qui gomment les différences... : quand je n'ai plus été dans la catégorie des "marchantes", j'ai compris ce que signifiait être différent et j'ai compris l'importance de l'entraide qui aide l'intégration. J'ai passé un an complet dans ces grands bâtiments. C'est le genre d'épreuve qui vous transforme et vous marque à jamais. Des amitiés sont encore intactes avec certains de mes camarades.
Ensuite, ma vie personnelle et professionnelle s'est déroulée bien loin de ce petit village de Saint-Fargeau. En venant vivre dans la région parisienne, je suis à plusieurs reprises passée devant les murs de la Fondation, sans oser entrer à nouveau. Et puis, un échange avec Delphine Drouaud, la marraine de l'association "Femmes actives", m'a réveillée et j'ai pris sur moi de franchir une nouvelle étape.
Il y a environ deux ans, j'ai noué le contact avec la nouvelle direction de la Fondation. Ce fut émouvant ! J'ai retrouvé ma responsable du secteur des filles (une personne dont l'abnégation force le respect, toujours présente alors qu'elle se trouve aujourd'hui à la retraite). Avec l'aide de la région Ile-de-France-Centre, des postes informatiques ont été remis à l'établissement pour augmenter le parc des micros utilisés dans le cadre scolaire : cette évolution technique offre à de nombreux enfants ne pouvant pas écrire l'accès à un mode de communication que le stylo et la feuille de papier ne peuvent permettre.
En 33 ans beaucoup de chose ont changé. Le développement est considérable, il y a à Saint-Fargeau une motivation au service des enfants, toujours entière, qui relève du sacerdoce. Les projets sont nombreux et variés, ils concernent tous les domaines (médical, éducatif, scolaire, environnemental, etc.).
Aujourd'hui c'est un projet médical qui a été pris en charge par la Fondation Veolia Environnement et je souhaite que la part de mon enfance que j'ai laissée entre ces murs puisse venir en aide à d'autres enfants au travers de ce témoignage. »


