Aider les vidangeurs manuels de Ouagadougou à structurer leur filière

Dans la capitale du Burkina Faso, Assoprojection mène un programme pour améliorer la condition des vidangeurs manuels. Le projet passe par le renforcement de leurs compétences et de leur équipement et entend aller au-delà en militant pour une meilleure structuration de leur profession.

Humanitaire et Développement

Lieu
Ouagadougou, Burkina Faso

Parrain
Patrice Fonlladosa

Dotation
20 000 € au Comité du 13/10/2016

Porteur de projet

Assoprojection (réseau Projection)

Depuis sa création en 2008, Assoprojection réunit de jeunes professionnels concernés par l’accès aux services essentiels dans les villes en développement. Ses 750 membres viennent de tous les secteurs (administrations publiques, entreprises privées, milieu associatif, université et recherche, etc.) et métiers (ingénieurs, géographes, sociologues, économistes, gestionnaires, politologues, communicants, etc.).

Basée à Nanterre, elle a ouvert une antenne à Ouagadougou en 2011. L’association part du constat que l'assainissement reste le parent pauvre des services essentiels, et que la vidange manuelle est plus particulièrement négligée. Un premier programme de renforcement de compétences en assainissement a été mené par le réseau en 2010 au Niger « Sani Tsapta - Les savoirs de l’assainissement » et a confirmé l’intérêt du sujet pour les populations.

A Ouagadougou où est implantée son antenne, peu de ménages sont connectés au réseau d’égout urbain. La zone couverte par le réseau d’égout concerne majoritairement le centre commercial de la ville. Le reste de la ville a recours à l’assainissement individuel principalement composé de latrines et de fosses septiques. Deux modes de vidanges sont utilisés pour vider ces ouvrages une fois qu’ils sont pleins : la vidange mécanique et la vidange manuelle.

Les vidangeurs manuels de Ouagadougou exercent leur profession dans des conditions difficiles qui comportent de nombreux risques pour leur sécurité physique et leur santé. La majorité d’entre eux n’ont pas reçu de formation adéquate, œuvrent sans équipements de protection, mains et pieds nus dans les fosses, et manipulent des boues encore fraîches avec de simples pelles et seaux.
 

« Je soutiens complètement ce projet qui a du sens et s'inscrit dans une opération inclusive des actions du groupe vis-à-vis de son environnement direct. » Patrice Fonlladosa

 
Dans la majeure partie des cas, les vidangeurs manuels préfèrent travailler de nuit afin de ne pas être vus, mais aussi pour profiter de l’obscurité pour déverser le contenu des latrines soit dans la rue, soit dans les caniveaux, voire dans la concession. C’est également un moyen d’échapper aux autorités qui les verbalisent régulièrement pour motif de « dépotage sauvage », sans que leur soient proposées des solutions alternatives. Parce qu’il manque des infrastructures appropriées à proximité, les boues de vidange rejetées dans la nature entraînent une pollution de l’environnement et la prolifération de maladies comme la diarrhée, troisième cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans au Burkina Faso[1].

Les vidangeurs sont également marginalisés et souffrent d’une absence de cadre institutionnel et juridique formalisé.

Assoprojection, qui entend faire émerger les idées originales de jeunes professionnels et les opérationnaliser sur le terrain, a donc décider de s'emparer du sujet en développant notamment un projet à Ouagadougou. Le projet Vimapro vise donc à renforcer le secteur de la vidange manuelle en rendant l’activité des vidangeurs mieux structurée, plus décente, plus hygiénique, reconnue par les autorités, et économiquement rentable afin d’améliorer les conditions de travail des vidangeurs et développer leur activité dans la capitale burkinabée.

La première phase du projet porte sur le diagnostic détaillé des différents types de services d'assainissement, une revue des expériences menées à travers le monde dans le domaine de la vidange manuelle et la création d’un répertoire des vidangeurs manuels.

L’association entend également mieux former et équiper les vidangeurs (blouses, bottes, gants, casques de chantier, pelles et pioches, burins, balais-brosses, raclettes et seaux). L’achat de tricycles à moteur et de fûts de stockage est prévu pour ne pas dépoter directement dans les quartiers mais dans les zones prévues à cet effet. Enfin, une vaccination (fièvre typhoïde, fièvre jaune, tétanos et hépatite B) sera proposée aux vidangeurs de l’Abase pour leur permettre de limiter les risques de maladies liées à leur travail. 

« 100 projets pour le climat »

Vimapro a été lauréat, parmi cent autres projets, du concours « 100 projets pour le climat » porté par le ministère français de l’Environnement de l’Energie et de la Mer. Cette initiative, lancée dans la dynamique de la COP21, a pour objectif d’accompagner des initiatives citoyennes pour lutter contre le réchauffement climatique et préserver l’environnement. Vimapro a ainsi bénéficié d’un accompagnement et d’une valorisation jusqu’à la COP22 de novembre 2016.

 
Assoprojection entend mener parallèlement des actions de plaidoyer auprès des pouvoirs publics locaux afin de faire reconnaître l’activité des vidangeurs manuels, structurés en association, et favoriser l’accès à des sites de dépotage. Assoprojection sensibilise également les ménages et les élèves de 20 écoles ouagalaises afin d’améliorer la perception et les pratiques de l’assainissement par la population. Des rencontres sont prévues avec les chefs d’établissement scolaires ou leurs représentants. Les vidangeurs effectueront les vidanges de ces 20 établissements gratuitement en associant les enfants au nettoyage.
 
La démarche se veut globale pour permettre, au-delà de la seule condition des vidangeurs manuels de la capitale, de renforcer l’assainissement de manière durable au Burkina Faso. L'objectif est également de répliquer le projet à d'autres villes en développement faisant appel à la vidange manuelle.
[1] Source : ministère de la Santé. Crédits photo : Marta Conti-Llobet