Maraîcher urbain : un métier d’avenir

Selon les données de la FAO (Food and Agriculture Organisation), l'agriculture urbaine et périurbaine nourrit déjà plus de 800 millions de citadins dans le monde*. Elle est l’une des solutions préconisées pour assurer la sécurité alimentaire dans des métropoles de plus en plus étendues. La Ville de Paris adhère pleinement à cette vision, comme en témoigne son programme « Parisculteurs ». Engagée dans la préservation de l’environnement et l’aide à la création d’emplois, la fondation Veolia soutient le projet CultiCime : 1 000 m2 cultivés sur le toit d’un centre commercial à Aubervilliers ; 12 emplois d’insertion créés en trois ans pour fournir cette production agricole.

« Espaces est une association d’insertion par l’écologie urbaine. L’objectif est de développer des emplois pour les personnes en difficulté dans les métiers de l’environnement et de la nature. » Yann Fradin, dg d’Espaces

 
 
Espaces Topager-3
Interview de Yann Fradin, cofondateur d’Espaces

Créée en 1994, Espaces est une association loi 1901 dédiée à l’insertion des personnes en difficulté par l’écologie urbaine. Ses principales trois missions sont l’insertion, l’écologie urbaine et la sensibilisation à l’environnement. Basée dans les départements des Hauts-de-Seine, des Yvelines et à Paris, elle anime 15 chantiers d’insertion, représentant 130 postes en insertion et une équipe permanente de 60 personnes. L’association compte également 130 bénévoles et 650 adhérents.

Espaces touche des personnes très éloignées de l’emploi (bénéficiaires du RSA, jeunes, seniors, travailleurs handicapés…) à qui elle propose des emplois d’éco-cantonnier, d’agent d’environnement en espaces verts, de jardinier, etc. L'ensemble des salariés en insertion bénéficient d'un accompagnement socio-professionnel animé par un conseiller. L’objectif est d’aider à stabiliser les situations sociales difficiles, définir une suite de parcours, favoriser l’employabilité puis l’accès à un emploi ou à une formation.

De l’insertion à l’agriculture urbaine

Depuis 2000, l’association a mis l’accent sur la relation entre la ville et l’environnement en développant une forte compétence en matière de génie écologique. Elle anime ainsi plus de 25 jardins partagés ou solidaires, tous gérés avec le principe « zéro phyto », et dont deux sont implantés sur des toits. En 2016, elle s’est engagée dans des projets d’agriculture urbaine. Avec le soutien de la fondation Veolia, Espaces a lancé Culticime, en partenariat avec l’entreprise spécialisée dans la conception de jardins et potagers urbains Topager.
Topager conçoit, réalise et entretient des jardins et potagers en ville. L’entreprise a été fondée en 2013 par Nicolas Bel, expert en agriculture urbaine, et Frédéric Madre, chercheur associé au Muséum National d’Histoire Naturelle. Elle a déjà réalisé une vingtaine de projets en Ile-de-France et gère actuellement une dizaine de sites productifs et sauvages.
  

Un toit dédié à Aubervilliers

Une première expérimentation de ce projet de recherche-action a pris place sur le toit d’un centre commercial de la commune d’Aubervilliers, où le groupe Veolia a implanté son siège en 2016. JSFB Victor Hugo, propriétaire du Fashion Center, face au centre commercial Le Millénaire, a délégué l’exploitation de son toit au tandem Espace-Topager. La surface cultivable potentielle s’étend sur 2000 m² et la terre végétale y est épaisse d’un mètre – une profondeur exceptionnelle en toiture –, ce qui permet la plantation d’arbres.
 
Espaces coordonne le projet et les ressources humaines, Topager apporte l’expertise agronomique et le suivi des cultures. Les cultures appliquent les principes de l’agro-écologie : pas d’engrais chimiques, respect de la biodiversité et des interactions biologiques entre les espèces. Les cultures sont irriguées par un système de précision au goutte-à-goutte, qui permet d’importantes économies en eau. L’objectif, soutenu par la fondation Veolia, est ambitieux : créer un nouveau modèle économique d’agriculture urbaine rentable, reproductible et créateur d’emplois d’insertion.

Et il a commencé à se concrétiser : pour cultiver sur le toit du Fashion Center, 12 emplois d’insertion ETP[1] ont été prévus sur trois ans par Espaces. Côté production, les premières salades ont été vendues en octobre 2016 aux habitants d’Aubervilliers via un stand et une Amap[2] locale.
Carte des jardins d'Espaces
L’expertise du binôme Espaces/Topager lui permet également de figurer parmi la trentaine de lauréats de l’appel à projets Parisculteurs lancé par...

2018 : triplement des surfaces cultivées

Fort des résultats obtenus pendant les deux premières années de la recherche-action (2016-2017), tant au niveau du fonctionnement en chantier d’insertion, des rendements que des perspectives de commercialisation de proximité, Espaces souhaite poursuivre cette recherche-action et tripler sa surface cultivée en 2018. A cette fin, une nouvelle parcelle en toiture (1 000 m²) doit être aménagée et rattachée par une passerelle aux autres toitures exploitées. La fondation Veolia soutient ce projet d’aménagement susceptible de donner une nouvelle dimension à Culticime.

L'objectif est aujourd’hui de poursuivre les activités de maraîchage, support d’insertion, avec l’ambition de pérenniser économiquement le dispositif. Le soutien de la fondation Veolia, renouvelé en 2019, s’inscrit dans cette dynamique.

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[1] Equivalent temps plein.
[2] Une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) naît de la rencontre d'un groupe de consommateurs et d'un producteur qui établissent entre eux un contrat ; il définit notamment la diversité et la quantité de denrées à produire pour la saison, les méthodes agronomiques (elles s'inspirent de la charte de l'agriculture paysanne et du cahier des charges de l'agriculture biologique), le prix du panier, le lieu et l'heure de la distribution périodique.