Un savon pour lutter contre les maladies infectieuses

Et si l’une des solutions pour freiner le paludisme dans les pays en voie de développement, passait par un simple savon répulsif ? Pas si simple tout de même, car il le faut efficace, non agressif pour les enfants, accessible financièrement… et adapté aux pratiques sanitaires locales.

« Je soutiens activement ce projet à forte visibilité qui établit un lien étroit entre l’innovation technologique et la résilience des communautés, dans une logique de développement Sud-Sud basée sur une compréhension accrue des problématiques locales ».
Damien Machuel


Le paludisme tue actuellement un enfant toutes les deux minutes en Afrique. Il est la troisième cause de décès des moins de cinq ans et 270 millions d’Africains vivent sans protection. Si les moustiquaires imprégnées et le recours aux insecticides se sont progressivement développés, l'OMS pousse les acteurs privés à chercher des solutions complémentaires, globales et plus efficaces.
 
Depuis 2012, l’ingénieur chimiste Gérard Niyondiko travaille ainsi sur un projet de savon antimoustique, accessible à tous, fabriqué en Afrique et conforme aux prescriptions de l’OMS. Il a constitué une équipe et rejoint un incubateur spécialisé qui accompagne les entreprises sociales à fort potentiel à Ouagadougou (La Fabrique). Gérard Niyondiko a également réuni de nombreux partenaires techniques et financiers. Son concept a déjà remporté en 2016 le concours d'Entreprenariat social étudiant organisé par l’Essec et Berkley.
 
Une efficacité pendant six heures
Un savon anti-palu doit répondre à plusieurs critères. Son efficacité, par exemple, doit durer au moins 6h après son utilisation : il faut donc y intégrer des microcapsules de principes actifs qui ne disparaissent pas lors d’un rinçage. Il est également essentiel de proscrire, dans sa composition, le recours à toute substance potentiellement néfaste pour les peaux sensibles et les yeux, et ce d’autant que le public le plus touché est composé d’enfants. Le savon doit pouvoir être utilisé pour le ménage et les vêtements comme pour la peau parce qu’au quotidien, le même produit sert bien souvent à tous ces usages. Enfin, pour éviter l’écueil d’un produit trop cher qui ne serait pas vendu, son prix doit avoisiner celui d’un savon traditionnel.
 

"Si j'arrive à impacter, même une seule vie,
je vois ça comme un succès."


Pour répondre à ce cahier des charges, Gérard Niyondiko a créé “100 000 vies” début 2017. L’association, baptisée du nombre de vies que l’association voudrait sauver du paludisme d’ici 2020, porte le projet de savon qui a pris le nom de « Faso Soap ». L’objectif est d’inscrire la démarche dans le cadre plus large d’une action de Recherche et développement sur les nouveaux moyens de prévention contre les maladies infectieuses, en particulier le paludisme.
 
Une étude pour adapter le savon aux pratiques des populations cibles
L’année 2017 est consacrée à l’élaboration d’un prototype de savon, à la validation des études de marché sur les premiers pays cibles, et à l’étude des comportements liés à l’hygiène au sein des populations bénéficiaires.
 
Sur ce dernier point, l’association est vigilante : le savon ne doit pas être imposé aux populations de façon artificielle, mais s’intégrer naturellement à leurs habitudes sanitaires quotidiennes. Pour relever ce défi, il importe de connaître et de caractériser précisément ces pratiques, ce qui n’a jamais été fait. Avec le soutien de la fondation Veolia, une étude est menée en partenariat avec l’Institut burkinabé spécialisé sur les sciences sociales (INSS) : elle portera sur un panel de 1 000 Burkinabés. L’association disposera ainsi des données nécessaires à l’adaptation du savon aux utilisateurs et d’éléments susceptibles d’alimenter le marketing social du projet. En 2018, des tests de ce savon répulsif devraient être effectués et une première production pilote au Burkina Faso pourra débuter.