Revitaliser le milieu naturel

Au bout de la rade de Toulon, au cap Sicié, un programme pilote de récifs artificiels est testé pour redonner vie au milieu marin, pollué pendant des décennies par les rejets non traités de l’agglomération toulonnaise, jusqu’à la mise en service de la station d’épuration Amphitria.

 

« Ce projet représente une innovation majeure pour la reconquête des milieux littoraux. Il a une composante recherche et développement importante, car il ouvre des perspectives intéressantes. En effet, si les résultats scientifiques sont positifs, nous serons capables de proposer des solutions techniques globales combinant stations d’épuration de dernière génération et récifs innovants, qui permettent de stopper la pollution anthropique tout en contribuant à la restauration des milieux dégradés. »
Emmanuel Plessis


Conçue, construite et exploitée depuis 1997 par Veolia Eau, la station Amphitria permet de traiter les pollutions dues aux rejets d’eaux usées de l’agglomération toulonnaise, grâce à un traitement physico-chimique et une filtration biologique poussés. Le site a retrouvé un fond sablonneux assaini, mais la vie aquatique reste pauvre, les herbiers n’ont pu réapparaître, rien n’attire à nouveau la flore et la faune qui faisaient sa richesse.
 
 
Un récif artificiel innovant
Répondant à l’appel de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse pour la revitalisation du milieu marin, un groupement pluridisciplinaire de partenaires expérimente depuis l’été 2014 un récif artificiel innovant, Remora, pour donner un coup de pouce au retour de la faune et de la flore aquatique sur le site. Porteur du projet, Toulon Var Technologies (TVT Innovation) coordonne l’initiative.
 
Composé de structures légères à base de joncs en fibre de verre et résine époxy, agencées soit en forme de haie, soit en formes géométriques 3D (igloo, oursins, pyramides), le récif est conçu pour servir d’habitat et de protection aux juvéniles. Ses structures filiformes originales accélèrent la fixation de la microfaune, de la microflore et des post-larves, et apportent ainsi des nutriments aux poissons comme au fond marin. 
Remora, histoire d’une reconquête environnementale
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Août 2016

Cinq années d’analyses
Deux récifs identiques sont installés à une quinzaine de mètres de profondeur : l’un sous l’influence du rejet de 60 000 m3 par jour d’eaux usées traitées par la station Amphitria, riche en matières organiques qui sont autant de nutriments pour la faune ; l’autre derrière le cap Vieux, à l’écart de ce courant. L’objectif est de comparer l’action de chaque récif sur le retour et le développement de la faune et de la flore.
 
Après une observation de l’état initial, deux campagnes d’analyses, l’une au printemps et l’autre en fin d’été, seront menées chaque année pendant cinq ans sur la revitalisation des fonds, l’amélioration de la diversité écologique, mais aussi la tenue des structures face aux courants et tempêtes. La fin d’été est une période intéressante, car les eaux sont plus chaudes et la faune abondante (poissons, crustacés, mollusques), tandis que le milieu marin reçoit le maximum de matières organiques de la station, puisque l’on est en période de forte fréquentation touristique et sous un régime de temps sec.
  
  • 2 récifs immergés de 360 m² composés chacun de 18 modules de formes géométriques différentes
  • 2 campagnes annuelles d’analyses sur 5 ans
Scirena, un système innovant pour suivre en continu le repeuplement de la faune sous-marine
L'association spécialiste de vidéos sous-marine, Oceanica Prod, s'est associée avec la startup Kalysée pour créer un système de reconnaissance et de comptages des espèces sous-marines, "Scirena" : cette innovation est majeure pour suivre le peuplement sous-marin. Testée au Cap Sicié, Scirena permettra de suivre l'impact des récifs artificiels de "Remora"